Saint-Valentin -l'histoire (suite)
Parmi les prétendants, certains étaient plus fortunés et donc plus exigeants. Ils voulaient absolument obtenir de la reine des promesses, savoir quand elle se déciderait enfin à désigner parmi nous son nouvel époux. Ils lui répétaient avec insistance qu’Ulysse était bien mort, ce qu’elle seule ne voulait pas admettre.
Il y a trois ans, Pénélope sembla s’être enfin rangée à leurs arguments et annonça qu’elle allait entreprendre le tissage du linceul de son beau-père ; quand cet ouvrage serait terminé, elle choisirait l’un d’entre nous et l’épouserait. Elle laissa entendre que nous avions tous nos chances. Dès le lendemain, elle se mit au travail et commença à passer les après-midi à tisser dans son antichambre. La porte restait ouverte et nous pouvions la voir manoeuvrer la navette avec le plus grand soin. Malgré son zèle, la pièce de tissu n’avançait guère.

Trois longues années d’inactivité et la tension créée par les inévitables intrigues se formant parmi tant de jeunes gens avaient fini par gâter mes nuits. Je dormais peu et avais pris l’habitude d’errer la nuit dans les couloirs du palais. J’ai longtemps cru être le seul humain éveillé aux heures les plus tardives. Ma surprise fut grande quand, par une nuit proche du solstice d’hiver, je vis une lueur provenant des appartements de la reine. Je n’y attachai d’abord aucune importance. Une heure plus tard, la lumière brillait toujours. J’eus alors l’envie irrépressible de chercher à savoir ce que faisait Pénélope si tard et commis l’indiscrétion d’entr'ouvrir doucement sa porte.
Ce que je vis me choqua fortement : la reine était occupée à défaire son ouvrage. Elle, qui tissait si assidument à la lumière du jour, détissait avec la même précision à la lueur d’une torche. Je ne pus retenir un cri qui lui fit lever les yeux. Elle me vit, garda les yeux fixés sur mon visage et dit :
- Antipaxos, vous avez découvert mon secret, je suis à votre merci. Si vous parlez, je ne pourrais rester fidèle plus longtemps au souvenir d’Ulysse. Quel est le prix de votre silence ?
- ô Pénélope, soyez sans inquiétude, je saurai me taire. Laissez-moi seulement vous rendre visite chaque nuit. Je resterai près du métier et vous regarderez travailler un moment.
Incrédule devant une exigence si modérée, Pénélope accepta. (à suivre)
Il y a trois ans, Pénélope sembla s’être enfin rangée à leurs arguments et annonça qu’elle allait entreprendre le tissage du linceul de son beau-père ; quand cet ouvrage serait terminé, elle choisirait l’un d’entre nous et l’épouserait. Elle laissa entendre que nous avions tous nos chances. Dès le lendemain, elle se mit au travail et commença à passer les après-midi à tisser dans son antichambre. La porte restait ouverte et nous pouvions la voir manoeuvrer la navette avec le plus grand soin. Malgré son zèle, la pièce de tissu n’avançait guère.
Trois longues années d’inactivité et la tension créée par les inévitables intrigues se formant parmi tant de jeunes gens avaient fini par gâter mes nuits. Je dormais peu et avais pris l’habitude d’errer la nuit dans les couloirs du palais. J’ai longtemps cru être le seul humain éveillé aux heures les plus tardives. Ma surprise fut grande quand, par une nuit proche du solstice d’hiver, je vis une lueur provenant des appartements de la reine. Je n’y attachai d’abord aucune importance. Une heure plus tard, la lumière brillait toujours. J’eus alors l’envie irrépressible de chercher à savoir ce que faisait Pénélope si tard et commis l’indiscrétion d’entr'ouvrir doucement sa porte.
Ce que je vis me choqua fortement : la reine était occupée à défaire son ouvrage. Elle, qui tissait si assidument à la lumière du jour, détissait avec la même précision à la lueur d’une torche. Je ne pus retenir un cri qui lui fit lever les yeux. Elle me vit, garda les yeux fixés sur mon visage et dit :
- Antipaxos, vous avez découvert mon secret, je suis à votre merci. Si vous parlez, je ne pourrais rester fidèle plus longtemps au souvenir d’Ulysse. Quel est le prix de votre silence ?
- ô Pénélope, soyez sans inquiétude, je saurai me taire. Laissez-moi seulement vous rendre visite chaque nuit. Je resterai près du métier et vous regarderez travailler un moment.
Incrédule devant une exigence si modérée, Pénélope accepta. (à suivre)
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