Histoire de Sarah (1)

Publié le par josette

IMGP3415Au mois de décembre, Pascale,  responsable de la Bibliothèque Départementale de Prêt, nous a remis ce petit livre. Nous sommes une petite vingtaine de Périgourdins à y avoir participé. J'ai deux textes dans ce recueil. Celui que je vais vous donner aujourd'hui (à lire dans votre cantou ou encore mieux votre lit, vue la météo) a été écrit à partir d'un tableau de Chagall. C'est donc un "exercice d'écriture" qui s'est prolongé. En fait, c'est une écriture bizarre, destinée à être entendue et non pas lue...

Elle s’appelle Sarah Seitt, a 17 ans et demi et  vit en Angleterre, dans une  de ces interminables  banlieues où les petites maisons de briques sombres sont toutes identiques avec le jardinet devant et la courette derrière. Quand Sarah veut décrire celle où elle vit avec son père, Charles,  elle dit simplement que la porte de la cour est peinte en jaune.                                                  
Sarah va au collège, a des copines et un amoureux, Bryan Berkley. Bryan et Sarah voudraient sortir ensemble le samedi soir, aller boire un verre et danser, comme le font leurs camarades. Alors, toutes les semaines, Sarah demande à son père si elle peut aller jusqu’au petit bar du coin de la rue avec Bryan, rentrer avant minuit, ne pas fumer, ne pas traîner... et chaque samedi, Charles Seitt  répond que non Sarah, elle ne peut pas sortir ce soir, un autre samedi mais pas aujourd'hui, il faut qu’ils discutent tous les deux, il a des choses à lui dire...
Sarah espère  qu’il va enfin lui parler de sa mère qu’elle n’a pas connue. Elle l’espère tellement qu’elle ne proteste pas.  Chaque samedi, après le dîner, elle s’asseoit dans le petit salon du devant et elle attend. Mais jamais son père ne lui dit rien d’autre que des banalités  : as-tu eu de bonnes notes ? veux-tu un biscuit avec ta tasse de thé? j’ai rencontré Simon au supermarché, il m’a dit ... 
Sarah est patiente mais obstinée : elle ne rouspète pas mais chaque semaine, elle repose la même question. Enfin, le dernier samedi avant l’anniversaire  des  18 ans de la jeune fille, le père répond simplement oui tu peux.
Quelle joie : Sarah téléphone à Bryan,  met sa jolie jupe blanche, brosse rapidement sa chevelure brune et enfile ses ballerines neuves. Elle court sur le trottoir jusqu’au bout de la rue où elle retrouve le jeune homme.  Main dans la main, quelle belle soirée !
Vers 23h 30, les deux amoureux remontent jusqu’à la maison des Seitt, s’embrassent longuement puis, comme il faut bien se séparer, Sarah ouvre la  porte jaune et rentre dans la courette. Elle fait un pas puis deux et trébuche sur le vieux dallage.  Elle ouvre les yeux. Autour d’elle, il y a des dizaines de personnes, des couples de vieillards avec des baluchons formés de chiffons noués, des femmes qui portent des enfants dans leurs bras,  des hommes avec des lunettes sur le nez, des jeunes garçons à kippa... Tous courent dans tous les sens et on entend aboyer des chiens. Alors Sarah a peur, très peur et quand elle voit à quelques mètres d’elle une échelle, elle n’hésite pas à y grimper. Elle monte, monte encore. Maintenant, elle comprend que les chiens sont tenus en laisse par des soldats. Elle voit aussi des camions. Les gens ne courent plus, déjà des flammes dévorent les petites maisons de bois.
Alors Sarah grimpe encore plus haut, si haut qu’elle commence à avoir le vertige. Dommage parce que deux échelons au-dessus, il y a un grand nid où pépient trois oisillons blancs et noirs. Sarah tend prudemment un bras tremblant vers eux et elle se sent tomber bas, très bas... (à suivre)

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Publié dans nouvelles

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L
<br /> C'est sympa cette expérience littéraire<br /> <br /> <br />
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