Seize
Elle avait attendu seize ans, un temps très long, même à l'échelle d'une vie. Seize ans pour recommencer un aussi minuscule voyage. Juste se laisser partir un dimanche en voiture, rouler le long de la côte, prendre le petit bateau qui attend au bout de la jetée.
A peine eût-elle posé le pied sur l'île qu'elle en reconnût la lumière, l'odeur, le charme qui ne sont pas seulement les siens mais surtout ceux du pays étranger tant aimé.
Ils marchèrent. Elle, passant devant et mettant ainsi ses pas dans ceux de son ancienne vie, ne pouvait s'empêcher de penser aux amis d'autrefois. Leur enverrait-elle une de ces modernes cartes postales dont elle les savait amateurs ou se contenterait-elle de savourer sans eux le bonheur présent ? Le bonheur était-il d'ailleurs si présent ? Etait-il vraiment dans sa nature de savourer ? La réponse positive à ces dernières questions lui fut donnée au détour du sentier.
Dans sa vie d'avant, ils n'avaient pas su marcher si loin et n'avaient pas vu cette merveille, là, en contre-bas.

C'est un vieux livre de poèmes publié à ses frais par un auteur oublié. Elle se l'est laissée prêter, le feuillette et en lit quelques lignes, de loin en loin. Sur une page, à droite, une photo. Elle reconnaît la plage, malgré le noir et blanc et les vingt années qui ont couru. C'est loin dans le temps. Dans l'espace, ce n'est ni le Sud rassurant, ni la Grèce maternelle. Elle se dit qu' elle était alors jeune et sans prudence et que le temps de l'hésitation est passé depuis longtemps. Elle n'enverra donc aucun signe aux gens de là-bas mais pour elle-même et pour l'autre femme aussi, écrira cette phrase:
" Ne jamais regretter d'être, un jour, allée sur une plage."
A peine eût-elle posé le pied sur l'île qu'elle en reconnût la lumière, l'odeur, le charme qui ne sont pas seulement les siens mais surtout ceux du pays étranger tant aimé.
Ils marchèrent. Elle, passant devant et mettant ainsi ses pas dans ceux de son ancienne vie, ne pouvait s'empêcher de penser aux amis d'autrefois. Leur enverrait-elle une de ces modernes cartes postales dont elle les savait amateurs ou se contenterait-elle de savourer sans eux le bonheur présent ? Le bonheur était-il d'ailleurs si présent ? Etait-il vraiment dans sa nature de savourer ? La réponse positive à ces dernières questions lui fut donnée au détour du sentier.
Dans sa vie d'avant, ils n'avaient pas su marcher si loin et n'avaient pas vu cette merveille, là, en contre-bas.

C'est un vieux livre de poèmes publié à ses frais par un auteur oublié. Elle se l'est laissée prêter, le feuillette et en lit quelques lignes, de loin en loin. Sur une page, à droite, une photo. Elle reconnaît la plage, malgré le noir et blanc et les vingt années qui ont couru. C'est loin dans le temps. Dans l'espace, ce n'est ni le Sud rassurant, ni la Grèce maternelle. Elle se dit qu' elle était alors jeune et sans prudence et que le temps de l'hésitation est passé depuis longtemps. Elle n'enverra donc aucun signe aux gens de là-bas mais pour elle-même et pour l'autre femme aussi, écrira cette phrase:
" Ne jamais regretter d'être, un jour, allée sur une plage."
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