Nouvelle pour l'été
Les parents de Paulette ont une bien belle propriété à St-Martial : des prés avec des vaches laitières, des champs de blé et de maïs, un grand jardin où ils font pousser de tout, un peu de vigne aussi. Et surtout, depuis que le père est rentré d’Allemagne où il était prisonnier, ils font les foies gras, l’oie et le canard , tous gavés avec le maïs de la ferme. Et ça marche bien, d’autant mieux qu’ ils ne manquent pas de bras. Il y a bien sûr le père et la mère qui travaillent dur et aussi les parents du père, et les deux fils, vaillants eux-aussi.
Le père et la mère n’ont jamais conduit, alors quand Paulette, leur seule fille a eu 18 ans, ils lui ont payé les leçons et dès qu’elle a eu le permis, ils lui ont acheté une estafette grise toute neuve. Avec ce véhicule, Paulette livre les foies gras chez les clients, à Bordeaux, à Paris et même au-delà ! Vraiment l’affaire tourne bien ...
Le père et la mère n’ont jamais conduit, alors quand Paulette, leur seule fille a eu 18 ans, ils lui ont payé les leçons et dès qu’elle a eu le permis, ils lui ont acheté une estafette grise toute neuve. Avec ce véhicule, Paulette livre les foies gras chez les clients, à Bordeaux, à Paris et même au-delà ! Vraiment l’affaire tourne bien ...
Un soir de juin, Paulette rentre de Bayonne, il fait très chaud, elle est fatiguée. Quand elle arrive dans la cour de la ferme, son père lui dit : "Repose-toi un peu, on va te charger l’Estafette, il faut que tu repartes ce soir, on a une grosse commande à livrer à Nice."
Nice ! 800 km au moins... Paulette n’a pas envie de rouler encore, pas tout de suite, pas si loin. Mais le père a commandé, elle ne va pas discuter... Elle s’allonge une heure dans sa petite chambre. Quand elle ressort, elle avale deux assiettes de soupe de tailles, du jambon sur du pain et elle part. La journée des autres, à la ferme, n’est pas finie non plus, ils ont du foin à faner.
Il fait encore jour et Paulette a repris la route du Sud : Périgueux, Vergt, Bergerac, Agen. Elle n’a pas besoin des phares et il n’y a pas beaucoup de circulation. Le soleil couchant sur sa droite ne la gêne pas. Les villages qu’elle traverse vers 9- 10 heures du soir semblent endormis : on ne voit personne dans les rues, c’est un peu bizarre en été. Elle remarque, parfois à l’entrée, parfois à la sortie des bourgs, d’énormes tas de branches, de paille, avec un bouquet de fleurs au sommet. Paulette sait bien que ce sont les bûchers de la St-Jean, d’ailleurs on est le 24. Pourtant elle n’a pas l’habitude d’aller au feu à St-Martial. On ne veille pas le soir quand il y a du travail le lendemain. Et chez les parents de Paulette, il y a toujours du travail le lendemain!
La nuit commence à tomber. Paulette a allumé les phares et elle baîlle. Dans les villages, au sud d’Agen, les gens commencent à sortir de chez eux, pas vraiment endimanchés mais vêtus de propre. Les enfants sont tout excités et se poursuivent autour des fontaines.
A Moissac, elle voit le tout premier feu allumé. Alors, à partir de là, elle ne ressent plus de fatigue, elle roule sans peine vers le sud, puis vers l’est quand la route bifurque après Toulouse : les feux allumés dans chaque village sont pour elle comme les cailloux du Petit Poucet. L’Estafette avance de feu en feu tout au long de la nuit et l’esprit de Paulette vagabonde. Quand elle dépasse Carcassonne, les rondes sont déjà formées, à Narbonne, les jeunes gens sautent les brasiers... Elle pense à la mer qui n’est plus loin maintenant, aux vacances qu’elle n’a jamais prises... A Béziers, les feux sont presqu’éteints et il ne reste que quelques fêtards attardés dans les rues et des papiers gras, de rares buvettes éclairées par des guirlandes foraines. Et si... seule pour une fois, avec l’Estafette..
Quand Paulette arrive à Sète, il est cinq heures du matin, le jour va bientôt se lever, la fête est finie partout maintenant... et pourtant elle voit encore un petit feu qui brille à peine sur un terrain vague, des roulottes, des chevaux, quelques hommes dont un jeune qui joue de la guitare.Nice ! 800 km au moins... Paulette n’a pas envie de rouler encore, pas tout de suite, pas si loin. Mais le père a commandé, elle ne va pas discuter... Elle s’allonge une heure dans sa petite chambre. Quand elle ressort, elle avale deux assiettes de soupe de tailles, du jambon sur du pain et elle part. La journée des autres, à la ferme, n’est pas finie non plus, ils ont du foin à faner.
Il fait encore jour et Paulette a repris la route du Sud : Périgueux, Vergt, Bergerac, Agen. Elle n’a pas besoin des phares et il n’y a pas beaucoup de circulation. Le soleil couchant sur sa droite ne la gêne pas. Les villages qu’elle traverse vers 9- 10 heures du soir semblent endormis : on ne voit personne dans les rues, c’est un peu bizarre en été. Elle remarque, parfois à l’entrée, parfois à la sortie des bourgs, d’énormes tas de branches, de paille, avec un bouquet de fleurs au sommet. Paulette sait bien que ce sont les bûchers de la St-Jean, d’ailleurs on est le 24. Pourtant elle n’a pas l’habitude d’aller au feu à St-Martial. On ne veille pas le soir quand il y a du travail le lendemain. Et chez les parents de Paulette, il y a toujours du travail le lendemain!
La nuit commence à tomber. Paulette a allumé les phares et elle baîlle. Dans les villages, au sud d’Agen, les gens commencent à sortir de chez eux, pas vraiment endimanchés mais vêtus de propre. Les enfants sont tout excités et se poursuivent autour des fontaines.
A Moissac, elle voit le tout premier feu allumé. Alors, à partir de là, elle ne ressent plus de fatigue, elle roule sans peine vers le sud, puis vers l’est quand la route bifurque après Toulouse : les feux allumés dans chaque village sont pour elle comme les cailloux du Petit Poucet. L’Estafette avance de feu en feu tout au long de la nuit et l’esprit de Paulette vagabonde. Quand elle dépasse Carcassonne, les rondes sont déjà formées, à Narbonne, les jeunes gens sautent les brasiers... Elle pense à la mer qui n’est plus loin maintenant, aux vacances qu’elle n’a jamais prises... A Béziers, les feux sont presqu’éteints et il ne reste que quelques fêtards attardés dans les rues et des papiers gras, de rares buvettes éclairées par des guirlandes foraines. Et si... seule pour une fois, avec l’Estafette..
Elle sait que les braises peuvent finir de s’éteindre, que la mer est là tout près et qu’elle ne rentrera pas.
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