Les korrigans et moi

Publié le par Magasette

Depuis quelques semaines, je raconte des histoires de korrigans en classe et j'adore! Surtout celle-ci trouvée sur le Net lien ici et re-écrite par mes soins.

Cette histoire se passe dans les monts d'Arrée.
 En ce temps- là les korrigans étaient encore nombreux à se montrer et les habitants du coin les connaissaient assez pour savoir s'en méfier, mais malheur à l'étranger qui ne savait écouter les conseils des anciens...
Un homme, sa femme et leur fils arrivèrent en ce pays afin se s'y installer car la terre était fertile et encore vierge de cultures. Ils trouvèrent un endroit sur le versant d'une colline pour y construire leur chaumière. A mille pas, l'homme se dit que le sol serait idéal pour son blé, alors il commença à labourer la terre. 
Cachés dans les fourrés, deux korrigans observaient l'homme de leurs yeux malicieux. Il s'approchèrent de lui et lui demandèrent  :
" Qu'est ce que tu fais là ?


- Je laboure ma terre..., répondit l'homme tout de même étonné de voir ces fameux korrigans.


- Pourquoi donc ? demandèrent ces derniers d'une seule voix.


- Pour y semer du blé... 


- Et bien nous allons t'aider !"


Le paysan n'eut pas le temps de reprendre son souffle que les deux korrigans étaient déjà au travail et labouraient le champ à une telle vitesse qu'il était impossible de les suivre des yeux... et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le champ était labouré et les korrigans disparus.

Quand sa femme le vit rentrer plus tôt que prévu, elle le questionna et il lui raconta son aventure. Quelques temps plus tard, quand la saison fut bonne pour semer, le paysan se rendit à son champ pour y travailler. 
Il commença alors à semer son blé mais dix korrigans le regardaient depuis les fourrés et vinrent le trouver : 
"Qu'est ce que tu fais là ?


- Je sème mes grains...répondit il.


- Pourquoi donc ? demandèrent-ils d'une seule voix.


- Pour récolter du blé...


- Et bien nous allons t'aider !"


Et comme naguère, les dix korrigans se jetèrent sur le sac de grain et le paysan n'eut le temps que d'apercevoir des formes défiler sur son champ puis disparaître tout aussi vite : le champ était semé... 
Le voyant de nouveau rentrer plus tôt que prévu, sa femme l'interrogea et quand son mari eut fini son récit, elle lui dit combien elle s'inquiétait car jamais les korrigans n'étaient intervenus dans la vie des hommes sans raison... 
Mais l'affaire fut de nouveau oubliée et quelques mois plus tard, alors que le soleil faisait resplendir les collines et les buissons d'ajonc, le paysan vint voir son fils et lui demanda d'aller au champ afin de voir si le blé était bon à récolter. 
Le jeune homme marcha donc mille pas. En voyant combien le blé était doré et les grains appétissants, il se dit qu'il était bon à récolter. 
Mais avant de repartir, il entra dans le champ et cueilli quelques germes à se mettre sous la dent. 
Cent korrigans étaient cachés dans les fourrés et avant que le fils ne reparte, ils s'approchèrent et lui demandèrent d'une seule voix :


"Qu'est ce que tu fais là ?


- Heu..., je goûte le blé de mon père, répondit-il.


- Pourquoi donc ?


- Pour savoir s'il est bon à récolter...


- Et bien nous allons t'aider !"


Le jeune homme, avec encore à la main ses quelques grains, vit la troupe de korrigans se précipiter sur le champ et encore plus vite que l'éclair au soir d'orage, le blé beau et tendre et la troupe avaient disparu. 
N'en revenant pas, le garçon resta longtemps sans bouger car il redoutait de retourner chez lui pour raconter ce grand malheur. 
Cependant le père, qui trouvait que le garçon était bien long à revenir, arriva. Quand il vit le champ dévasté, il interrogea son fils et ensemble ils décidèrent de quitter le pays, d'aller à l'étranger tenter leur chance. 
Mille korrigans dans les fourrés observaient la scène et demandèrent d'une seule voix :


"Qu'est ce que vous faites là ?"


-Nous décidons d'entreprendre un long voyage. 


- Pourquoi donc ?


- Un malheur est arrivé, nous voilà ruiné, il nous faut partir...


- Et bien nous allons vous aider !"


Alors les mille korrigans se mirent à pousser et à tirer le père et son fils, si fort, si vite, qu'ils furent bientôt arrivés au port de Brest et de là, en Angleterre,  en Amérique, et même en Australie,...
La mère, inquiète de ne pas voir rentrer les deux hommes, décida de monter jusqu'au  champ. Quand elle vit que son mari tant aimé et son fils chéri n'y étaient plus et que la belle récolte promise était perdue, elle se mit à pleurer sans pouvoir s'arrêter. 
Dix mille korrigans étaient là dans les fourrés et demandèrent d'une seule voix :


"Qu'est ce que tu fais là ?" 


- Je pleure toutes les larmes de mon corps, répondit la mère entre deux sanglots.


- Pourquoi donc ? 


- Mon fils et mon mari ont disparu ...


- Et bien nous allons t'aider !"
Et aussitôt les dix mille korrigans se mirent à pleurer toutes les larmes de leur corps et ils pleurèrent tant et si bien que le flot de leurs larmes dévasta tout sur son passage et bientôt il ne resta plus rien : plus de chaumière, plus de champ dévasté et plus de famille éplorée, rien... 


Cette histoire souvent depuis est racontée et personne n'a de nouveau osé s'installer sur ces Monts d'Arrée...

J'ai inventé le passage sur l'émigration car dans l'histoire traditionnelle le père bat son fils, vite aidé par les korrigans qui le laissent mort. Et en prime, une chanson d'un gars des Mont d'Arrée que j'ai eu l'occasion de voir sur scène. Ce Patrick Ewen, un régal !

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